Le blog Bâtissons nos rêves propose de partir à la découverte de projets de construction écologique en Suisse et ailleurs. Il présente des techniques simples et accessibles, que ce soit dans le domaine des matériaux, du chauffage, de l’énergie et du traitement de l’eau. Il pousse également à la réflexion sur notre environnement construit.

La philosophie de la communauté Earthship est d’atteindre la plus grande autonomie possible en chaleur, eau, électricité et nourriture. Dans cette volonté, le Earthship n’est bien évidemment pas connecté au réseau de distribution d’électricité, mais produit et stocke lui-même son énergie électrique!

Le panneau solaire photovoltaïque au centre de l’autonomie électrique

Aujourd’hui, les adeptes de l’autonomie électrique se sont tournées vers le grand espoir de l’humanité pour l’électricité du futur, le fameux panneau solaire photovoltaïque! Dans le design du Earthship, des panneaux solaires sont placés sur la face sud du bâtiment avec un angle idéal pour un maximum de production annuel (45°). L’énergie électrique est ensuite stockée dans des batteries et est ainsi disponible nuits et jours et par tous les temps. Un système de sécurité permet d’alimenter en priorité les appareils d’importance primordiale comme le frigo lorsque les batteries se vident dangereusement. On évite ainsi de devoir jeter tout son stock de nourriture après avoir malencontreusement passé l’aspirateur un jour de mauvais temps!

Les panneaux solaires sont placés à l’emplacement idéal pour un maximum de production: plein sud avec un angle à 45°

Auparavant, les défendeurs de l’autonomie électrique misaient beaucoup sur le micro-éolien. Au final, peu d’expériences se sont avérées concluantes. Les concepteurs de micro-éolienne passe souvent plus de temps à réparer leur prototype qu’à profiter des bénéfices. La communauté Earthship de Taos a d’ailleurs mis de côté cette approche depuis longtemps. Si malgré tout vous voulez persévérer dans le micro-éolien, retenez bien ceci: tout ce qui bouge se casse!

Prototype de micro-éolienne: esthétiquement réussi mais pratiquement pas très efficace…

Les panneaux solaires photovoltaïques sont-ils si écologiques?

A ne pas confondre avec les panneaux solaires thermiques, les panneaux solaires photovoltaïques ne sont pas réalisables artisanalement et proviennent donc de l’industrie. Contrairement à la légende populaire, ils ne sont pas composés de métaux précieux, mais principalement de silicium, l’élément le plus abondant de la croûte terrestre après l’oxygène. Certes, une certaine énergie grise est nécessaire à sa production, mais cette énergie est compensée après 3 à 5 ans d’exploitations. Sur sa durée de vie (minimum 20 à 25 ans), le panneau photovoltaïque produira donc bien plus d’électricité qu’il en coûtera. Tout est beau dans le meilleur des monde!?

Malheureusement, le revers de la médaille est un peu moins luisant. Les panneaux solaires photovoltaïques sont produits en Chine, où l’énergie provient en grande partie du charbon. Quand on apprend que le charbon émet 100 x plus de gaz à effet de serre que l’hydroélectricité (1’000 g/kWh contre 10 g/kWh), on se rend vite compte que le coût en CO2 de l’énergie grise nécessaire à la production de panneaux n’est pas si faible que cela. De plus, le silicium a beau être abondant, il doit être extrait à partir de sable ou de gravier. Ces processus d’extraction sont très gourmands en eau et nécessite l’intervention de nombreux produits chimiques (acides…). Ces eaux et produits chimiques devraient être traités efficacement avant d’être relâchés dans l’environnement. Permettez-moi de douter de l’efficacité de ces traitements dans le contexte chinois…

Les cellules photovoltaïques sont principalement composées de silicium, matériau très abondant sur terre mais qui doit être extrait par des processus consommant beaucoup d’énergie, d’eau et de produits chimiques

A l’heure de faire les comptes, le bilan environnemental positif du photovoltaïque ne se conteste pas. Mais il n’est certainement pas aussi bon que ce que l’on veut bien nous faire croire… Et ceci aussi longtemps que les panneaux seront produits en Chine…

L’autonomie électrique, une démarche écologique ou contestataire?

Mon expérimentation de l’autonomie électrique lors de mon séjour à Taos m’a permis de prendre conscience que l’énergie électrique n’est pas illimitée. Effectivement, lorsque dans un Earthship on ne fait pas attention à sa consommation électrique, on peut vite se retrouver à passer sa soirée autour d’une bougie. Vivre en autonomie, c’est vivre au rythme du climat et de la météo. C’est aussi apprendre à éviter les gaspillages. Dans ce sens-là, l’autonomie électrique est une démarche profondément écologique.

Cependant, l’autonomie électrique demande de se munir de batteries dont le bilan écologique est plus que discutable. De plus, les installations sont souvent dimensionnées pour couvrir les besoins lors des journées les moins ensoleillées, ce qui occasionnent des surplus lors des journées ensoleillées. En étant connecté au réseau, ces surplus peuvent profiter à d’autres et ainsi participer à l’effort commun vers une énergie plus propre. En autonomie, ces surplus sont difficilement valorisables et par conséquent gaspillés. Dans ce sens-ci, la démarche de l’autonomie électrique est clairement contestataire et plus tellement écologique. Vivre l’autonomie électrique, c’est refuser l’énergie nucléaire (ou le gaz et le charbon suivant les pays). C’est donc se couper du réseau et se séparer du système.

L’approvisionnement en électricité est quelque chose de complexe et aucune option, que se soit se connecter au réseau ou vivre en autonomie, n’est parfait. Dans tous les 2 cas, le meilleur choix est d’entreprendre une réflexion sur sa consommation électrique et tenter d’éliminer les gaspillages!

Auteur: Dimitri Dousse

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